Lecture d’un territoire en mouvement

Presqu’île de Lège Cap-Ferret et Banc d’Arguin, l’une des plus fortes zones d’érosion de la côte française.

Avec Estelle, Bertrand, Anthony, Jérome, ostréiculteurs et Philippe,  Christophe, pêcheurs

 

Une langue de sable abrite le bassin. Mouvante en permanence. Parfois, à son extrémité, des trous d’eau, « comme une baleine qui respire », souffle ce pêcheur, ligne à la main. Sa dernière venue date de deux mois, il ne reconnait plus la plage de la Pointe. À quelques pas, l’accès est interdit par les autorités.
La falaise de sable se découpe en tranches sous les assauts des vagues hivernales.

Sous nos pas sommeille le quartier «des ensablés », autrefois à découvert. Peut-être resurgira-t-il sur l’estran,  comme les blockhaus aujourd’hui ?

« Nous nous sentons comme des îliens, balayés par les vents », me dit-elle. Elle, Estelle, zigzague entre les tables.
Ici, on troque les cuissardes pour des chaussures de service au gré des marées et de l’humeur des vents. Vivre avec le lieu sans chercher à le tordre, le transformer. Pas d’huîtres triploïdes, pas d’Organisme Vivant Modifié chez Estelle et Bertrand.

Je les suis, sur l’eau, dans l’eau, sur terre, les regarde caresser
et retourner les coquilles.

Quelques mètres plus loin, Philippe, ramende les filets, comme chaque jour, avant le départ en mer de son fils Christophe. Lui-même n’a pas le droit de monter à bord – il est à la retraite. Les restrictions et règles maritimes sont tissées bien serrées. Nous partons dérouler les mètres de mailles, devant la dune lunaire.
Nila, devenue chienne de pêche, célèbre chaque remontée. Nous rentrons surtout avec des araignées, les maritimes, celles qui détissent la toile. Il faudra repriser le filet.

Instable rivage, dit-on. Les traits de côte sont flous.

Le grondement de l’océan hivernal roule sur les rives du bassin.

Ici, on danse avec les bordures.